C’est le 11 Juillet 1962 que pour la première fois fût établie entre les USA et l’Europe une liaison télévisée en direct. Ce premier exploit technique fut réalisé dans des conditions techniques extraordinaires. Grâce à la station de réception française installée à Pleumeur-Bodou ces images furent captées pour être rediffusées sur le réseau de la RTF. Aujourd’hui installé dans la « grande oreille » de Pleumeur-Bodou, le Musée des Télécommunications constitue pour les amateurs de satellites un pèlerinage à la source de la télédiffusion par satellite. Un but d’excursion idéal et incontournable pour cet été…

Les secrets de la télévision par satelliteLe début de l’aventure

C’est en 1945 qu’un auteur de science-fiction, Arthur C. Clarke décrivit dans son ouvrage « 2001 Odyssée de l’Espace » un système de satellites artificiels de la Terre comme relais de télécommunications. Puis le 4 Octobre 1957 les russes lancèrent pour la première fois un satellite artificiel baptisé « Spoutnik » qui émettait des « bip-bip » captés par de nombreux radioamateurs tout autour de la planète. Du côté américain un ingénieur des « Bell’s Telephone Laboratories » commença à imaginer de pouvoir communiquer avec des satellites, soit actifs, c’est-à-dire munis d’émetteurs et de récepteurs relayant les signaux venus de la Terre, soit passifs, c’est-à-dire de simples « miroirs » de signaux radioélectriques, satellites qui peuvent être, soit à défilement, soit géostationnaires. La Nasa commence ses expériences au début des années soixante avec un premier satellite baptisé Echo, qui est un simple miroir réfléchissant les ondes électriques de fréquences élevées dénommées « hyperfréquences ». Echo est un ballon réfléchissant de 30 mètres de diamètre lancé par une fusée à 1700 km d’altitude. Echo permit de réaliser des liaisons radioélectriques directes d’une durée de… 5 mn entre les Etats-Unis et l’Europe.

Le satellite Telstar 1

Sphère de 87 cm de diamètre pesant 72 kilos qui tourne sur elle-même à la vitesse de 180 tours par minute. Son système de télécommunications fonctionne à la réception à 6390 MHz et à l’émission à 4170 MHz avec une bande passante de 50 MHz. La puissance émise est de 2 watts. Il émet en permanence une balise à 136 MHz avec une puissance de 250 mW ce qui permet de localiser et transmettre cent quinze télémesures. Le satellite a fonctionné de Juillet 1962 à Janvier 1963
Tous ces essais prouvent qu’il faut nécessairement utiliser un satellite actif pour espérer pouvoir faire des transmissions de qualité. Le satellite doit capter les signaux, les « régénérer » puis les renvoyer vers la Terre. De plus, il faut que ce satellite soit assez loin de la Terre pour pouvoir être visible simultanément et suffisamment longtemps à la fois par les Etats-Unis et l’Europe. Le projet développé par ATT (American Telegraph & Telephone) et Bell Telephone est baptisé Telstar 1 (téléphone des étoiles…). Pour établir la liaison il faut construire des stations terriennes capables d’envoyer et de recevoir les signaux de et vers ce satellite. Aux USA la station est construite à Andover, en Europe, deux sites sont retenus, un en Grande-Bretagne à Goonhilly Downs (Cornouailles) et l’autre en France à Pleumeur-Bodou (Bretagne). La décision fut prise en Avril 1961.

Faire vite…

Comme le lancement du satellite Telstar 1 doit être réalisé le 10 Juillet 1962, il a fallu construire la station bretonne dans des délais records… Le site français de Pleumeur-Bodou fut choisi par le CNET, à 10 km des installations de Lannion. Ce site avait l’avantage d’être isolé, loin de toutes les perturbations radioélectriques des radars ou des faisceaux hertziens, des perturbations industrielles et naturelles. Le site de 110 hectares est protégé par des collines qui forment un écran contre les parasites circulant à la surface de la Terre. En neuf mois la CGE (Compagnie générale d’électricité) mena le chantier à bien avec la construction du célèbre radôme abritant les installations techniques.

Une boule de 64 mètres de diamètre.

Le radôme est une enveloppe de Dacron maintenu en forme par une surpression d’air dont le rôle est de protéger des intempéries, du vent et des variations de température, l’antenne d’émission/réception. Il est parfaitement perméable aux ondes radioélectriques. L’antenne en forme de cornet, d’où son nom « d’antenne cornet » mesure 54 mètres de longueur et pèse 340 tonnes : elle doit être orientée vers le satellite en permanence avec une précision de 3/100e de degrés. Le câblage de l’ensemble nécessita 120 km de câble et 200 000 connexions… Quant au fonctionnement de l’antenne, il fallu utiliser pour la première fois des équipements de commande entièrement numériques. Ils ont pour mission de commander les moteurs hydrauliques via des servomoteurs.

Les clous de l’installation

Installé dans la cabine supérieure de l’antenne se trouve le célèbre « Maser* » un préamplificateur, ancêtre de ce qui devait devenir un banal LNB, qui doit capter les très faibles signaux venus du satellite (1 picowatt). Il fonctionne dans un bain d’hélium liquide à -196° C ! Autre avancée technologique, le système de tracking, qui devait poursuivre le satellite dans sa course : en premier le trackeur d’acquisition est muni de quatre antennes en forme de tire-bouchon. Il capte le signal balise du satellite en VHF sur 136 MHz, pour le repérer à 10° près. Puis intervient le trackeur de précision qui capte la balise sur 4080 MHz pour affiner le tracking à 15/1000e de degrés près.
Grâce à un asservissement électromécanique il peut orienter l’antenne cornet dans la bonne direction. Pour finir, c’est cette dernière antenne qui peut capter le signal balise du satellite et le suivre dans sa trajectoire afin d’assurer la continuité de la communication. Le tout est contrôlé par des calculateurs informatiques IBM : toutes les 4 secondes ils fournissent la position du satellite aux systèmes de poursuite.

* Microwave Amplification by Stimulated Emission of Radiation.

L’antenne cornet
Pour pouvoir capter le signal à un niveau supérieur à celui du bruit thermique du récepteur, il est indispensable d’avoir une surface d’antenne importante. L’antenne cornet offre une surface de réflexion de 360 m2. Son angle d’ouverture est de 0,12°, ce qui nécessite une précision de pointage de quelques centièmes de degrés près. Grâce à sa forme spéciale le faisceau d’ondes guidé vers le foyer est très protégé des interférences pouvant être provoquées par les lobes latéraux et arrière. L’antenne est ouverte que dans la direction du rayonnement. Le cornet est soutenu par une armature rigide reposant sur quatre boggies roulant sans contraintes sur deux rails circulaires concentriques. Quelques chiffres : longueur : 54 mètres, hauteur : 30,5 mètres, poids total : 340 tonnes, surface de réception : 360 m2, gain : 57 dB à la réception et 60 dB à l’émission, température de bruit pointée vers le satellite : 5° K.

Une gageure : Le radôme

Le mot « radôme » vient de « radar » et de « dôme ». A l’origine une simple cloche rigide en matière plastique destinée à protéger le radar des intempéries, le radôme de Pleumeur-Bodou est devenu une enveloppe légère et souple de 2 mm d’épaisseur en fil de Dacron enveloppé d’un caoutchouc synthétique blanc, fermant une enceinte étanche et maintenue en forme par une surpression d’air à l’intérieur. Il peut ainsi résister à des vents de 180 km/h. L’affaiblissement du signal reçu du satellite passant au travers de cette enveloppe est de 0,4 dB. Son diamètre à la base est de 58,50 m, sa hauteur de 44,80 m et son poids de 30 tonnes.

Poursuivre avec une précision du centième de degré un satellite de 80 cm de diamètre situé sur une orbite d’environ 5000 km avec une antenne pesant 340 tonnes, tel était le pari des ingénieurs pour réaliser la première retransmission télévisée par satellite au monde. Rappelons que la puissance d’émission du satellite Telstar était de 2 watts, l’équivalent d’une « lampe de poche ». Sa puissance en arrivant au sol était d’1 picowatt (millième de milliardième de watt) avec une visibilité de 20 minutes maximum.

Le 10 Juillet 1962.

8h35 (GMT) le satellite Telstar fut lancé depuis Cap Canaveral. C’est une boule d’aluminium de 87 cm de diamètre et de 77 kg avec soixante-douze facettes. Sur soixante facettes sont montées les cellules solaires pour l’alimentation électrique dont la puissance atteint seulement 15 watts. Il tourne sur lui-même à une vitesse de 180 tours à la minute. Les deux antennes d’émission/réception ceinturent le satellite : l’antenne d’émission fonctionne dans les 6 GHz, et l’antenne de réception dans les 4 GHz. De plus le satellite est coiffé par une antenne hélicoïdale en bande VHF et deux antennes fouets destinées à la poursuite, à la télécommande et aux télémesures.

Les premières images.

Douze heures après le lancement, au cinquième passage du satellite, on aurait pu déjà recevoir les premiers signaux du satellite si les Américains n’avaient pas oublié d’allumer la balise (4080 MHz). Au tour suivant, 45 mn avant la fenêtre satellitaire, l’émotion est à son comble car le récepteur tombe brutalement en panne ! Il faut changer rapidement la lampe-phare qui produit des hyperfréquences… il est 23h18 GMT quand les Américains mettent en route le système de télécommunications du satellite… alors que Telstar est encore à 3° en dessous de l’horizon, le signal de la balise 4080 MHz commence à être reçu par le trackeur de précision… une fois la justesse des calculs de l’ordinateur vérifiée, l’antenne cornet est correctement positionnée. A 23h47 GMT apparaît la mire américaine, celle de « l’indien » bien connue à l’époque. Immédiatement c’est la joie des deux côtés de l’Atlantique : les techniciens bondissent devant les pupitres et certains ont une larme à l’oeil. Puis apparaît une image de studio, celle où l’on voit l’interview des responsables du projet Telstar, Fred Kappel d’ATT et le Dr Fisk de Bell Labs. Sept minutes plus tard la fenêtre se ferme et le satellite est éteint.

Par route

Cette première est enregistrée sur bande magnétique Ampex à Pleumeur-Bodou. Les images reçues étaient transmises en modulation de fréquence, en noir et blanc au standard 525 lignes 60 Hz avec une bande passante de 3 MHz, le son étant sur la sous-porteuse 4,5 MHz. Comme à l’époque il n’y avait pas de faisceau hertzien entre la station bretonne et les studios de la rue Cognacq-Jay à Paris, où se trouvaient les studios de la RTF, il fallu transporter la « bande historique » par la route. Elle fut diffusée le 11 Juillet dans la journée sur les antennes de la télévision française : la Mondiovision était née ! Les Anglais réalisèrent une réception similaire quelques heures après, à 3h18 dans la station terrienne de Goonhilly en Cornouailles : en effet lors de la première diffusion le polariseur d’antenne était mal orienté.

Vers les USA

Le lendemain, le 12 Juillet arriva à Pleumeur-Bodou la bande magnétique française : c’était Yves Montand qui chantait « La chansonnette » précédé d’un message du ministre des PTT, Jacques Marette. Elle fut diffusée vers Andover. Le 23 Juillet c’est un programme inaugural de « Mondiovision » qui fut transmis de manière plus officielle… puis des essais de transmissions téléphoniques permirent de transporter soixante communications simultanées.
Premier satellite géostationnaire.
En fin d’année, après 5 mois de service, le satellite Telstar 1 cessa de fonctionner. Il fut remplacé par Telstar 2 qui offrait une fenêtre de visibilité beaucoup plus longue : une heure ! C’est via ce satellite que furent transmises vers l’Europe les premières images de l’assassinat du président Kennedy… Puis les satellites Relay 1 et Relay permirent de poursuivre le service jusqu’au lancement le 6 Avril 1965 du premier satellite géostationnaire : « Early Bird ». Il peut fonctionner simultanément en téléphonie et en télévision. Le 21 Juin 1965 fut inauguré le premier réseau téléphonique permanent offrant deux cent quarante circuits de haute qualité : compte tenu de la distance à parcourir, les abonnés s’écoutent avec un décalage d’un quart de seconde environ. Early Bird permit à toute l’Europe de suivre en direct les premiers pas de l’homme sur la Lune en Juillet 1969.

Naissance d’Intelsat.

Parallèlement dès 1964, à l’initiative des USA, le consortium international « Intelsat » est créé. Il est destiné à organiser le développement rationnel des télécommunications par satellite. Son but est de définir les besoins en circuits en fonction des abonnés à desservir, ainsi que les normes techniques des systèmes utilisés, en particulier pour assurer une bonne compatibilité des équipements installés dans chaque pays. De leur côté, les russes se lancent dans la bataille en plaçant sur orbite en 1965 un satellite à défilement d’1 tonne : Molnya 1. Il offre une fenêtre de transmission de huit heures. Grâce à ce satellite les Français expérimentent le système de télévision en couleur Sécam, ce qui permit de le vendre à la Russie… C’est en 1971 que les Russes créent le système « Interspoutnik ».

Plus d’antennes…

Devant le développement des transmissions spatiales, entre les Russes et les Américains, une seule antenne ne suffit plus. Sous la responsabilité du CNET et de la CGE on décide de construire une seconde antenne qui est inaugurée le 29 Septembre 1969. Cette fois-ci il s’agit d’une « simple » parabole de 27,5 mètres, sans radôme. Elle est utilisée pour assurer les télécommunications avec le Japon. Puis en 1973 vint la troisième antenne, une parabole de 30 mètres.

Et plus de satellites…

La France et l’Allemagne s’associèrent pour lancer deux satellites baptisés « Symphonie » en 1974 et 1975 qui furent utilisés principalement pour assurer les télécommunications avec la Réunion. La première station terrienne française, Pleumeur-Bodou, fit des émules : en 1978 fut construite la station de Bercenay-en-Othe, en Champagne, puis un an plus tard celle de Rambouillet. En 1977 l’Europe créa Eutelsat pour assurer sur son continent le développement de la télédiffusion spatiale : le premier satellite fut l’Orbital Test Satellite (OTS). Pour la desserte des liaisons vers les navires, une nouvelle organisation internationale vit le jour en 1979 : Inmarsat. En 1984 et 1985 la France mis en oeuvre le programme des satellites Télécom 1, dont le but initial était de réaliser les transmissions avec les départements d’Outre-mer sans passer par Intelsat. Puis vint la série Télécom 2 en 1991… sans oublier les satellites TDF 1 & TDF 2… qui devaient être le fleuron de la diffusion satellitaire franco-allemande avec la nouvelle norme, le D2Mac. De son côté la SES au Luxembourg lança son premier satellite le 11 Décembre 1989 : il va bientôt être remplacé par Astra 2C… après 12 ans de « bons et loyaux services »…

L’histoire continue.

C’est en 1985 que la première antenne cornet de Pleumeur-Bodou fût retirée du service. Aujourd’hui elle est conservée pour le plaisir des visiteurs par le Musée des Télécommunications inauguré il y a 10 ans en 1991. C’est la seule qui puisse être vue, les deux autres, aux USA et en Grande-Bretagne ayant été détruites. Presque 40 ans après, la télévision par satellite est devenue une réalité tangible pour des millions de foyers en France, et des centaines de millions dans le Monde. Pour retrouver les émotions des pionniers, devant cette gigantesque antenne de près de 54 mètres comparée à nos 60 cm, une visite à Pleumeur-Bodou s’impose… Profitez des vacances et des « RTT » pour passer une journée au pied du Radôme et vous replonger dans la magie des premières images de Juillet 1962…
Entre l’antenne bretonne qui a servi jusqu’en 1985 et les millions d’antennes paraboliques, les nouvelles technologies permettent de recevoir la télévision partout, soit via des chaînes locales, directement avec une antenne parabolique et jusque sur les téléphones portables. En 50 ans, la révolution satellitaire, en rendant possible la diffusion partout et tout le temps, a changé le monde.

Comment se rendre à Pleumeur-Bodou ?
A proximité de Lannion et de Perros-Guirrec, en Bretagne, le site de Pleumeur-Bodou est facile d’accès.
Les expositions
Les télécoms du futur : Une exposition aux portes du réel, annonciatrice des changements petits et grands, qui faciliteront et bouleverseront notre vie quotidienne dans le domaine de l’habitat, des loisirs, du transport, de l’enseignement, de la santé ou encore du travail…
Il était une fois, 200 ans d’histoire : Découvrez 200 ans d’histoire des télécommunications en visitant les différents espaces, tel celui consacré aux radiocommunications : des premières installations à la présentation des tous premiers systèmes de transmission et aujourd’hui, explosion des téléphones mobiles, messageries et autres appareils sans-fil… la radio dans tous ses états. Retrouvez aussi les télécommunications spatiales avec, grandeur réelle deux maquettes de Télécom 1 et Intelsat 5, ainsi que celle de la fusée Ariane.

Les spectacles sous le radôme
« Voyage au coeur du Radôme »
A bord des gradins mobiles, partez pour un tour d’antenne inoubliable. Soixante-dix moniteurs vidéo, un système laser multicouleurs et plus de deux cents projecteurs pour ce spectacle à la pointe de la technologie qui retrace l’histoire de la communication entre les hommes, depuis l’aube de l’humanité jusqu’à la rencontre du futur…

« La grande aventure du Radôme »
C’était le 11 Juillet 1962. « Je m’en souviens comme si c’était hier… Il était minuit ici à Pleumeur-Bodou… ». Ainsi commence ce spectacle entièrement dédié à l’histoire du radôme et de son antenne cornet. Revivez en direct la naissance des télécommunications spatiales comme si vous y étiez !

Horaires

Tous les jours de 11h à 19h
Spectacles sous le Radôme,
Visite du Musée et un spectacle sous le Radôme,
Renseignements sur serveur vocal : 02 96 46 63 80
Site Internet : www.leradome.com

Daniel Renard
Remerciements à toutes les équipes du Musée des Télécommunications.

Web Design MymensinghPremium WordPress ThemesWeb Development

test news

13 septembre 201613 septembre 2016
Testimonials

TG: TESTIMONIAL WIDGET

Share the testimonials & reviews that others are talking about, beautifully with this widget. This will help in adding more value to your site.