Au mois de mai 1968, l’ORTF compte plus de 12 000 employés, pour la plupart regroupés dans la Maison de la Radio, un immeuble circulaire de prestige qui symbolise l’audiovisuel français. Alors que la gauche dénonce une communication instrumentalisée, l’ORTF est sous contrôle et reste à distance des événements qui ont débuté le 22 mars à l’Université de Nanterre, gagné le quartier latin, puis le monde ouvrier, et bientôt l’ensemble de la société. Jour après jour, l’ORTF se veut rassurante et reste à distance du mouvement. Elle est accusée par le public de mensonge, de partialité, de collusion avec le pouvoir et la police, en bref d’être un instrument d’aliénation de la population. Certes, l’ORTF, en particulier les journaux télévisés regardés par 70 % de la population (8,5 millions de téléviseurs sont en service), rendent compte des événements et de la violence, mais ils privilégient le point de vue gouvernemental. Dans ce qui a été conservé des journaux télévisés de la période du 2 au 14 mai, sur 13 à 15 h d’informations, on totalise deux heures consacrées aux événements dont 1 h 30 de parole officielle.

Il n’en demeure pas moins qu’au sein de l’Office le mécontentement est fort et latent. Il a été avivé par la décision gouvernementale d’avril 1968 d’introduire la publicité de marque sur les antennes nationales. Il faut attendre le 10 mai et la nuit des barricades, ainsi que la censure du magazine Panorama, 45 minutes avant sa diffusion, pour que l’ORTF entre en situation de crise. Le 11 mai, les journalistes et producteurs de magazines mensuels d’information diffusent par l’intermédiaire de l’AFP un communiqué où « [ils] estiment que la carence scandaleuse dont a fait preuve l’information télévisée à l’occasion des récents événements porte atteinte à l’honneur professionnel de l’ensemble des hommes de télévision […] demandent que soit diffusé d’urgence un programme de grande audience au cours duquel tous les acteurs du drame universitaire pourront s’exprimer librement. »

L’ORTF malgré cela reste en décalage constant avec les événements proprement dits, puisque du personnel de l’ORTF ne se mettront en grève que le 13 mai, jusqu’au au 23 juin. À partir du 22 mai, sur la Première chaîne, les programmes sont interrompus jusqu’en soirée. Il est prévu la diffusion des émissions programmées préenregistrées, ou bien des films de remplacement pour les émissions en direct. Entre le 4 et le 23 juin, un programme minimum est à l’antenne de la première chaîne, composé de Télé-Soir à 20h00, suivi d’un film à 20h30, puis de la seconde édition du journal Télé-Nuit. La deuxième chaîne a cessé d’émettre.

En réalité, il n’y a pas un mouvement de grève à l’ORTF, mais deux. Pour l’intersyndicale de l’ORTF (13 syndicats, 173 catégories de personnels), notamment les techniciens, les artistes et du personnel administratifs, l’essentiel de la plate-forme de revendications porte sur des revendications professionnelles, les statuts du personnel et les salaires8. Pour les journalistes importent surtout les réformes de structure et l’abrogation de la loi de 1964 fondatrice de l’ORTF. Ils demandent une réelle autonomie de l’Office, un audiovisuel public qui ne dépende pas du pouvoir.

Ce n’est que le 25 mai que la majorité des journalistes se met en grève, tout en permettant qu’un service minimum soit assuré. Les journalistes de télévision ont tardé à rejoindre le mouvement ; très fortement marqués politiquement, socialistes sous la IVe République, ils sont maintenant majoritairement gaullistes. En tout état de cause, ils sont très loin de l’agitation. François de Closets qui préside l’Assemblée générale des journalistes, revenant sur cette période, écrit : « Je déteste les gauchistes et la chienlit, mon obsession est de ne pas entrer dans les jeux politiques; mais si nous nous trouvons embarqués dans ce mouvement, il faut en profiter pour obtenir une réforme citoyenne. »Et encore : « J’étais même favorable à ce que notre comité de grève n’ait aucun contact avec les étudiants et les gauchistes ! ».

La grève se poursuit alors que partout le mouvement s’essouffle. Les Français dans leur majorité condamnent les violences et souhaitent le retour à l’ordre. Le 30 mai le Général de Gaulle déclare qu’il ne changera pas de Premier ministre et dissout l’Assemblée nationale. Les journalistes persistent, alors qu’une campagne électorale s’ouvre. Le 31, Yves Guéna nommé ministre de l’Information fait entourer les locaux de l’ORTF par la police, l’accès des bâtiments est interdit aux grévistes ; le 4 juin, la presque totalité des émetteurs de l’ORTF est occupée par l’armée. Radios et télévisions publiques parviennent à assurer un service minimum avec du personnel non grévistes qui sont très peu nombreux. Le 5 juin, Jean-Jacques de Bresson est nommé Directeur général de l’ORTF.

Peu importe, les journalistes s’enfoncent dans l’utopie. Leurs revendications, politiques, cristallisent les critiques et les attentes des mouvements contestataires sur la liberté d’expression. En juin 1968, leur comité de grève déclare qu’ils « veulent que l’ORTF soit au service des 30 millions de téléspectateurs et d’auditeurs et non pas d’une propagande partisane. L’ORTF doit être le reflet fidèle de la France et des Français, ce qu’ils pensent, aiment et souhaitent. Journalistes de la radio et de la télévision, nous entendons exercer notre métier librement. »11 À Paris, la grève est marquée de manière spectaculaire par l’opération « Jéricho » ; une référence à la Bible où Josué fit tomber les murailles de la ville de Jéricho en faisant tourner autour d’elle, sept jours de suite, l’armée des Hébreux. Du 6 juin au 11 juin, dans une ronde silencieuse autour de la Maison de la Radio, différentes catégories professionnelles viennent manifester leur solidarité avec du personnel de l’ORTF. De l’aveu même de François de Closets, un flop.

Après le premier tour des élections législatives du 23 juin, triomphales pour le gouvernement, l’intersyndicale appelle à la reprise. Sans barguigner, le Directeur général a pu accorder 25% d’augmentation aux salaires de base. Les journalistes sont en porte-à-faux. Leur grève s’éternise jusqu’à ce que l’Union des journalistes de la télévision se résolve, à l’issue de sept semaines de grève, à suspendre le mouvement, sans avoir rien obtenu, pour reprendre le travail le 13 juillet.12 Comme le confesse François de Closets : « Finalement, nous votons la reprise du travail fin juin, certains que seuls les leaders vont être balayés. Ce n’est pas grave: nous sommes les plus connus, nous pourrons nous recaser ailleurs. Je pensais que la charrette contiendrait 10 places, elle en fera 65. Une vengeance bête et abominable, car beaucoup des journalistes licenciés ont eu leur vie brisée. »

Source : Wikipedia.

Mai 68, l’ORTF dans la tempête…
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13 septembre 201613 septembre 2016
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