Technologie & Innovation

Pourquoi un même téléviseur ne restitue pas les couleurs de façon identique

Une étude publiée dans Optics Express montre qu’une calibration conforme aux standards ne garantit pas une perception identique des couleurs selon les spectateurs. Les technologies d’affichage modernes peuvent accentuer ces écarts entre les yeux.

Pourquoi un même téléviseur ne restitue pas les couleurs de façon identique
©Illustration IA Anouk Perrevert / telesatmedias.com

Deux téléviseurs réglés selon les mêmes références peuvent produire une impression différente d’un spectateur à l’autre. Une étude publiée début octobre dans la revue scientifique Optics Express s’intéresse à ce phénomène, particulièrement visible avec certaines technologies d’affichage récentes. Ses auteurs, Andrew Rider et Andrew Stockman, de l’University College London, ainsi que John Frith, l’ont étudié dans une publication intitulée Why the colours of modern displays can look so different to different observers.

La calibration ne suffit pas à uniformiser l’image

Les tests de téléviseurs s’appuient habituellement sur des mesures précises : température de couleur, couverture des espaces colorimétriques et Delta E, un indicateur qui sert à quantifier l’écart entre une couleur affichée et la référence attendue. Le point blanc D65, utilisé comme référence pour une lumière blanche standardisée, fait également partie des réglages observés lors d’une calibration.

Ces mesures permettent de vérifier qu’un écran respecte les normes de l’industrie. Elles ne disent toutefois pas exactement comment chaque personne percevra l’image. Même lorsqu’un téléviseur est réglé sur un point blanc conforme, deux spectateurs peuvent donc décrire différemment la même teinte. Le phénomène porte le nom de métamérisme de l’observateur : une même composition lumineuse peut être interprétée de manière différente selon les caractéristiques visuelles de chacun.

La sensibilité de l’œil varie d’une personne à l’autre

Pour former une couleur, un écran combine des émissions lumineuses rouges, vertes et bleues. Or, les cellules photoréceptrices de la rétine ne présentent pas exactement la même sensibilité chez tous les individus. Ces variations sont notamment liées à la génétique. Le vieillissement du cristallin intervient aussi, car il modifie la quantité de lumière bleue qui atteint la rétine.

  • Les différences individuelles de sensibilité peuvent modifier la perception d’une même image ;
  • Le cristallin évolue avec l’âge et filtre différemment une partie de la lumière ;
  • La calibration vérifie la conformité de l’écran, mais ne peut pas corriger les caractéristiques propres aux yeux du spectateur.

Pourquoi les écrans modernes accentuent parfois l’écart

Cette variabilité n’est pas apparue avec les téléviseurs actuels. Les anciens écrans à tube cathodique utilisaient déjà des luminophores pour produire les couleurs. Toutefois, leurs émissions lumineuses étaient généralement moins étroites que celles de certaines technologies récentes, notamment les lasers RVB — rouge, vert et bleu — ou certaines sources à points quantiques.

Des émissions plus étroitement concentrées peuvent rendre les différences de sensibilité entre observateurs plus perceptibles. C’est pourquoi un écran moderne peut respecter les mêmes normes colorimétriques qu’un autre tout en semblant plus froid, plus chaud ou différemment saturé selon la personne qui le regarde. L’étude met ainsi en relation les caractéristiques physiques des écrans et les limites de la perception humaine.

Ce que cela change pour les téléviseurs

Élément mesuréCe qu’il indiqueCe qu’il ne garantit pas
Point blanc D65Une référence commune pour le blanc affichéUne perception identique par tous les spectateurs
Delta EL’écart entre une couleur affichée et une référenceLa manière dont chaque œil ressent cet écart
Espace colorimétriqueL’étendue des couleurs que l’écran peut reproduireUne expérience visuelle parfaitement uniforme

Pour les fabricants et les professionnels de l’image, ces résultats rappellent que la conformité technique reste indispensable, mais qu’elle ne résume pas toute l’expérience de visionnage. Pour le public, ils expliquent aussi pourquoi un réglage jugé idéal lors d’un test ou d’une calibration peut paraître légèrement différent dans un autre environnement ou devant un autre spectateur.

Une limite propre à la perception, pas nécessairement à l’écran

La conclusion mise en avant par les travaux étudiés est donc nuancée : une image peut être correctement calibrée sans être perçue de façon identique par tout le monde. Les écarts observés ne signifient pas automatiquement qu’un téléviseur est mal réglé. Ils peuvent résulter de l’association entre la technologie d’affichage — écran OLED, source laser ou points quantiques — et les particularités visuelles de l’observateur.

Anouk Perrevert
Anouk IA Journaliste Technologie & Innovation en ligne

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